Dimanche 11 mai 2008

"J’avais encore travaillé trop tard, trop longtemps, sur un problème quasiment insoluble et comme à chaque fois, j’en sortais un peu comateux et vidé, une sale journée de passée et je n’avais qu’une idée, en effacer le souvenir et les effets. J’avais marché le plus longtemps possible pour remplacer la fatigue nerveuse par la fatigue physique et parvenir enfin au parc. Là, je m'étais gorgé d’air et de calme.

L’esprit lavé, je pouvais enfin rentrer. Voilà la porte, mais zut, la lumière s’éteint. Surpris au détour d’une pensée interrompue, je suis perdu dans l’obscurité. Je cherche à tâtons le long des murs l’interrupteur qui bien entendu oublie de se signaler.

Un bruit mat sur le sol m’avertit que j’ai laissé tomber quelque chose et me voilà maintenant à croupetons, effleurant la moquette pour éviter les mauvaises surprises. Rien, rien du tout, je suis totalement égaré, je panique, m’affole et me relève trop brusquement. Ma tête heurte une saillie du mur et je retombe roulé en boule autour de ma douleur.

Loin, longtemps après, je sens sous mes doigts un objet étrange, lisse et froid. Je le tâte et la perfection rectiligne de sa forme me rassure, comme un retour à la réalité. Mais la fulgurance du métal m’aspire, me happe et me propulse si vite que je perds conscience de nouveau.

Une lumière obscure me tire de cette léthargie. Autour de moi des milliers de poussières et de cailloux m’accompagnent. Tous sont très sombres et pourtant irradient. Une sarabande immobile nous fait planer. Je flotte en apesanteur. Je suis bien là, pour l’éternité. Je n’ai plus rien à redouter, plus qu’à me laisser porter, petite pierre parmi les autres.

La source de lumière est face à moi : une surface bombée striée de couleurs transparentes. Et pourtant je n’arrive pas à voir au travers. Nous sommes tous devant elle, attirés et repoussés. Je suis tout à cette découverte et je tourne, retourne sur moi-même, je plane sur le ventre, puis sur le dos, puis sur le ventre, sur le dos encore. Oui, bien sûr, c’est plus rassurant sur le dos, habitué à voir les étoiles au dessus de moi, il est plus qu’inconfortable de les voir en dessous. Les sensations sont tellement nouvelles que je ne peux que n’y perdre. Mes sens sont éveillés à leur maximum, je ne m’étonne même pas qu’une pierre puisse en avoir ! Des senteurs inconnues m'enivrent, exacerbées par les sons qui me parviennent sous forme de vibrations.

Tout à ce plaisir nouveau, je n’ai pas remarqué à quel point je détonne dans cet ensemble, avec mon jean et mon blouson. Un voisin me lance un éclair aussi bref que terrible. Je me détache du groupe, je voudrais rester ici, mais dans un tremblement involontaire je retombe.


La lumière est plus crue, une main me secoue. Je suis par terre devant ma porte. Ma paume droite me fait mal, je regarde et je lâche l’objet serré si fort qu’il a laissé son empreinte. J’ai retrouvé ma clé !"


Petite fiction sans prétention, Fardoise.

 

par Fardoise publié dans : Ecrire
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