Lundi 12 mai 2008
Pourquoi Canal diffuse-t-il le film de Constantin Costa Gavras en ce jour de Pentecôte ?
Je ne peux répondre en lieu et place des responsables de la chaîne, mais j'avancerai plusieurs éléments de réponses :
- Pentecôte est à l'origine une fête juive. Fête agricole, elle est devenue religieuse pour commémorer le don de la Torah. Pour les chrétiens, elle célèbre le don de l'esprit saint et des langues aux Apôtres. C'est donc bien une fête oecuménique s'il en est.
- En second, la date et l'anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale et de l'holocauste. Je bouclerai ainsi ma série d'articles sur la Shoah et le "et pourtant on savait",  par ce film qui apporte une autre dimension, celle du témoignage d'un grand cinéaste avec ses moyens et ses prises de position.

Comme dans tous ses films, Costa Gavras prend parti et démontre. On a reproché à celui-ci tout et le contraire de tout. Il est "tiède" pour certains, il prêche par excès pour d'autres, bref il dérange. 

Amen - Costa Gavras - Trailer
envoyé par InstantZero

Tout le film est rythmé par le passage des trains, fermés à l'aller, vides au retour.

Le personnage central, Kurt Gerstein, médecin devenu SS, est affecté à la désinfection et fournit le ZYKLON B. Et, un  jour, par un regard à travers l'oeilleton d'une porte de chambre à gaz,  porte qui est secouée par les efforts désespérés de ceux qui veulent sortir, il découvre l'horreur de l'utilisation de ce gaz.  Nous, nous ne verrons rien, juste ce que lui ressent à travers l'expression de son visage. En chrétien convaincu, son combat sera désormais de faire savoir ce qu'il a vu.  Après son échec auprès des représentants de sa communauté, il tente de contacter le Pape, qui, pense-t-il,  peut seul  faire pression sur Hitler pour stopper la machine. Le film est le constat de l'échec de sa tentative, comme ont échoué tous ceux qui ont essayé de faire savoir ce que tout le monde tentait d'oublier. Certains vont jusqu'à dire que la machine ne pouvait pas être arrêtée ???

Et pendant ce temps, les trains roulent.

Je ne retiens, ici, que ce contraste, entre le combat de cette poignée de personnes et  l'indifférence des autres :
- celle des cyniques comme le docteur (Mengele ?) qui trompent leur ennui par l'horreur.
- celle des lâches, à tous les niveaux, administrations, églises...
- et surtout, celle de tous ceux qui sont pris dans le carcan des obligations, du rôle qu'ils ont à jouer, de leur mission, bref de leur place dans la grande histoire, place qu'ils ne veulent pas lâcher, quel qu'en soit le prix. On les retrouve partout, et ce qui clôt tout espoir, chez les alliés qui accusent Gerstein - qui en désespoir de cause s'est rendu à eux pour témoigner - de n'avoir rien fait en son âme et conscience de chrétien...
Un film à désespérer de l'humanité, oui, pas la peine de chercher une morale positive. Le héros est réhabilité 20 ans plus tard, mais cela ne change rien ; si ce n'est pour sa mémoire et pour sa famille.

Si ce film dérange, c'est bien pour cela, parce qu'il montre que l'indifférence n'est pas le fait d'un seul camp, pas par ce qu'il dit de l'église catholique - à mon humble avis, elle en a vu d'autres et de plus sévères de critiques. 
L'église luthérienne Allemande, en 2000, a parlé de "silence et d'abandon ; Jean Paul II, en 1999, de "fautes commises".

Costa Gavras lui dit : "l'indifférence est toujours là, elle n'a pas commencé au moment des camps, elle ne s'est pas arrêtée à la fin de la guerre. Les États sont habitués aux monstres. Et nous aussi. Regardons, par exemple, l'indifférence avec laquelle nous laissons mourir le continent africain. Notre passivité est un crime".

par Fardoise publié dans : Mon cinéma communauté : L'Art d'être curieux
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Blog : Guides d'achat sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus